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mode
En fait, la créativité des artistes s’est toujours nourrie de l’imaginaire marin. Bien avant Jean-Paul Gaultier. Le navigateur fascine Baudelaire, Gabrielle Chanel ou encore Hugo Pratt, qui crée Corto Maltese. C’est un aventurier en quête d’ailleurs. Un marginal qui fréquente les bas-fonds. Un héros bardé de tatouages. Le marin a un tel pouvoir d’évocation que la haute couture aussi s’approprie ses codes. Aujourd’hui encore, de nombreux stylistes s’inspirent des rayures, des cabans et des pompons. Ils cherchent les dessins édités dans les BO de la Marine et se renseignent sur le style marin au département Recherche du musée de la Marine. Voilà pourquoi l’idée d’une telle exposition a germé dans l’esprit des commissaires. Il était temps de s’intéresser au costume marin comme objet sociétal. Donc d’introduire le frou-frou dans un musée technique et historique. Une vraie gageure ! Aux sources de la mode marine
Tout le monde se souvient des publicités marines conçues pour le parfum Gaultier vers 2000. L’une d’elles met en scène une femme travestie en matelot qui traverse des groupes de marins. Elle rejoint son amant, puis arrache ses vêtements. Le film joue avec un fantasme érotique ancré dans l’imaginaire collectif (les amours masculines du marin) et se réfère à l’histoire de la mode : le vestiaire populaire marin est lié à l’émancipation féminine.
vetement
Malgré la tendance à voir dans la mode un phénomène relativement récent, son apparition est généralement située par les spécialistes aux alentours de 1340 voire dès le XIIe siècle, suivant de récentes études. Les progrès de la gravure ont ensuite contribué à sa diffusion : dans la seconde moitié du XVIe siècle, les recueils de costumes, tels que ceux de Cesare Vecellio ou de François Deserpz, rencontrent un grand succès. A la fin du XVIIIe siècle, la presse de mode illustrée connaît un développement spectaculaire : en 1785 est lancé à Paris le premier périodique de mode, Le Cabinet des modes, puis en 1797 paraît le célèbre Journal des dames et des modes. Les titres se multiplient ensuite au XIXe siècle.
En 1858, le couturier Charles Frédéric Worth, en s’installant à Paris au 7, rue de la Paix, propose des modèles fabriqués sur mesure et présentés sur des mannequins vivants : il inaugure ainsi la Haute couture. Jeanne Paquin, au début du XXe siècle, organise les premiers défilés publics et la Chambre syndicale de la couture parisienne, créée en décembre 1910, permet de constituer la couture en profession autonome et de définir le statut des « maisons de couture ».
Mais la mode n’est pas cantonnée au seul domaine de la Haute couture. Le « vêtement de confection », introduit en France au début du XIXe siècle, et rebaptisé « prêt-à-porter » au XXe siècle, contribue, lui aussi, à lancer ou diffuser de nouvelles modes. L’apparition des magasins de nouveautés au début du XIXe siècle, puis des Grands Magasins sous le Second Empire, facilitent le « triomphe de la mode » : l’ère de la diffusion de masse et des « fashion victims » n’est plus loin.
Malgré l’ampleur du phénomène, la mode, objet d’étude jugé trop trivial, resta longtemps négligée par la recherche, en dehors de quelques ouvrages précurseurs. Elle est l’objet de tous les mépris, comme l’illustrent les célèbres propos d’Oscar Wilde : « La mode est une forme de laideur si intolérable qu’il faut en changer tous les six mois ».
Pourtant, depuis quelques années, une inflexion se dessine : sociologues et philosophes multiplient les analyses, à l’exemple de Roland Barthes (« Système de la mode ») ou de Gilles Lipovetsky (« L'Empire de l'éphémère : la mode et son destin dans les sociétés modernes ») ; la Revue de la Bibliothèque nationale de France lui consacre un dossier spécial en 2005 ; l'Ecole du Louvre crée en 2007 une nouvelle chaire d'enseignement consacrée à « l'histoire de la Mode et du Costume » ; de prestigieux musées organisent des expositions, une discipline nouvelle se constitue progressivement.
A l’heure de l’ouverture imminente de « Docks en Seine, Cité de la mode et du design », qui accueillera l’Institut français de la mode, le département Littérature et art propose aux lecteurs une bibliographie et une sélection d’ouvrages présents en Bibliothèque d’étude (niveau Haut-de-Jardin).
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